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Wokisme au travail : progrès sociétal ou dérive idéologique ?

Wokisme au travail

Que cache ce mot « wokisme au travail » brulant à une époque où la question du bien-être en entreprise n’a jamais autant été d’actualité ? Est-il un levier d’inclusivité ou un frein à la liberté d’expression et à l’efficacité managériale ?

Être Woke, c’est quoi ?

Né au XIXème siècle dans une Amérique post esclavagiste minée par le racisme et la ségrégation, le terme “Woke“, dérivé du verbe “Wake“ (littéralement s’éveiller en français), décrit l’émancipation de la population afro-américaine après des siècles d’oppression.

Il faudra attendre 2013 et le mouvement Black Lives Matter 1 pour que cette idéologie qui prône une attitude de vigilance accrue afin de lutter contre les injustices sociales, raciales et liées aux questions de genres ainsi que d’orientation sexuelles, refasse surface. Les réseaux sociaux et #Meetoo ont fait le reste…

Du militantisme à une nouvelle politique RH.

Au départ, il y avait une envie forte : lutter contre les injustices, développer le bien-être en entreprise afin d’en faire un lieu où l’on se sent en sécurité, attirer les talents les plus jeunes etc. Ainsi, l’inclusivité, le harcèlement, la déconstruction du genre par l’expression du code vestimentaire sont devenus les préoccupations principales de ces militants pour une société plus juste, y compris et surtout dans le monde du travail.

Pourtant, si l’intention première était bonne, cette nouvelle façon de vivre l’entreprise a très vite montré ses limites. En effet, loin des promesses idéalistes qu’il porte, le wokisme crée parfois plus de tension que de concorde.

Prenons quelques exemples :

– Autocensure.

Dans ces entreprises 2.0, il n’est pas rare de croiser nombre de salariés qui n’osent plus exprimer leurs opinions, qu’elles soient profondes ou non, par peur d’être mis au pilori et de subir la Cancel culture2, pratique visant à détruire leur vie sociale et professionnelle.

– Polarisation des équipes.

Face à certains sujets, le wokisme peut entrainer une fracture de la force vive de l’entreprise, plongeant cette dernière dans une véritable guerre des tranchées idéologiques. Guerre qui nuit, bien sûr, à l’activité mais aussi et surtout à la santé mentale de tous. Imaginons une agence de publicité qui devrait venter les mérites d’un produit que certains salariés trouvent dégradant et d’autres révolutionnaire…

– Sentiment d’illégitimité.

Dans certains cas, quand le wokisme s’immisce, certains collaborateurs en viennent souvent à la conclusion erronée que la représentativité surpasse la méritocratie…Ils perdent alors leur motivation et toute confiance en eux et en l’autre.

On pourrait citer une multitude de situations équivoque, tellement la liste est longue.

Dérives et opportunité de cette nouvelle norme managériale.

Aujourd’hui, nombreux sont les dirigeants qui, piégés dans cette nouvelle politique (car c’est bien de cela que l’on parle après que ce mouvement a été récupéré à des fins purement électoralistes), se sentent désemparés, obligés de composer entre discours pleins de convictions sincères et « Woke-washing4. »

Mais sur quel pied danser ? D’un côté, le mouvement a transformé les critères du leadership (faisant émerger de belles valeurs humanistes telles que : l’empathie, l’écoute, la compréhension de son prochain) tandis que de l’autre, beaucoup se retrouvent muselés dans l’expression de leurs idées, marchant de plus en plus sur des œufs face à des collaborateurs devenus des moralisateurs intransigeants.

La liberté des uns vaudrait-elle qu’on vole celle des autres ?

Le wokisme nous condamne-t-il au conformisme idéologique sous couvert d’un management plus humain ?

Un retour de bâton inévitable.

Avec de l’expérience, de nombreuses sociétés Américaines telles que Walmart, Jack Daniels et bien d’autres, ont opéré une marche arrière nécessaire. En effet si la condition du bien-être au travail est une véritable question, elle ne peut laisser une idéologie dogmatique dessiner les contours de l’entreprise de demain. Au sein de ces géants, l’expérience a démontré que le wokisme a eu bien plus d’effets négatifs que positifs, dressant parfois même les salariés les uns contre les autres.

Alors quelles conclusions peut-on tirer de tout cela ?

Tout d’abord, il convient de se mettre en quête d’un certain équilibre en conciliant inclusion, performance et pluralité d’opinions. C’est bien beau me direz-vous, mais comment fait-on ? la réponse est simple : nous devons nous diriger vers une culture d’entreprise où seul le débat et la nuance prônent, pas les dogmes. Travailler c’est vivre en communauté, et seul un dialogue mature, loin des caricatures, peut en assurer la cohésion.

« La liberté consiste moins à faire sa volonté qu’à ne pas être soumis à celle d’autrui. »
            

                                                                                          Jean-Jacques Rousseau.

1 Black Lives Matter ou BLM : mouvement né à la suite du décès de George Floyd, un afro- américain, suite à son arrestation musclée.

2 Cancel culture : pratique sociale visant à boycotter publiquement une personne, une entreprise ou une œuvre en raison de propos, d’action ou de comportements jugés moralement inacceptables.

3 Woke-washing : stratégie marketing utilisée par certaines entreprises qui mettent en avant des engagements inclusifs sans que ces valeurs ne soit réellement appliquées en interne.

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